La XXIIème et la guerre 40 -45   -    LE CRES

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En ce temps là, on arrosait la terre avec du sang, des larmes et il poussait de petits dictateurs.

Robert SABATIER.

En un flash, voici comment fut vécus la période de 40/45 pour la plupart des anciens de cette époque....

Le stalag ou l'Exode, le retour opprimant, le rationnement, les hivers rigoureux avec la faim en prime, l'angoisse des alertes et des bombardements, la morosité des journées sans joie et des nuits sans lumière, les fouilles de la Gestapo, le travail obligatoire et la déportation, la clandestinité pour survivre, la résistance, le maquis,. A chacun sa guerre !

Les joies aussi, rares, mais combien plus appréciées au sein du CLAN (sans uniforme dès la fin 42). Joies pour les services apportés aux prisonniers de guerre rapatriés pour maladie, aux plus démunis de « Secours d'hiver », à l'aide aux vieilles personnes. Joies pour les Noëls sans richesse mais profondément vécu.

L'horreur également, la recherche des corps mutilés des victimes des bombardements dans les ruines fumantes.

Après cinq interminables années, l'espérance et enfin, la liberté retrouvée, malgré une jeunesse volée ou envolée et avoir eu 20 ans dans les années 40/45 !

 

CEUX DE LA XXIIème QUI NE SONT JAMAIS REVENU

G. BOISTET        Routier au clan de la Flamme (XXIIème)  - Mort au champ d'honneur en mai 40.

O. BODSON       Jeune routier - Travailleur obligatoire. - Mort dans les bombardements de Stuttgart en 44/45

P. DAVIGNON   Abbé à Saint Gilles et aumônier de la meute St-Jean Berchmans et du Clan de la Flamme. - Arrêté en 1943 – Mort de privations dans un transfert au camp de concentration en 45.

P. LENSSENS     Chef d'Unité – Commissaire de district. - Victime d'un choix personnel. - Disparu quelque part en Tchécoslovaquie lors de l'avance Américaine en 45.

 

Tout a commencé lorsque le 10 Mai 1940, l'Allemagne envahit notre territoire.

L'avance foudroyante de l'ennemi incite le ministre de la Défense Nationale à décréter, le 13 mai, la mobilisation et le transfert vers la France de tous les jeunes de 16 à 35 ans, appartenant à la réserve de recrutement.

Plus ou moins 1200 scouts F.S.C. De la région bruxelloise auront la « chance » ... de partir le 14 mai en groupe par le train, encaqués dans des wagons du type 9 chevaux/40 hommes, vers le sud de la France.

Le départ se fera de la gare de Schaerbeek et c'est après trois jours et demi et trois nuits que nous arriverons à Montpellier, dans le Hérault-Languedoc.

La pagaille engendrée par l'exode qui a touché des centaines de milliers de jeunes et moins jeunes semble avoir épargné notre groupe de scouts qui reste soudé et structuré.

Sauf erreur, ils étaient 29 de la 22ème. A l'arrivée, nous sommes repartis dans les localités avoisinantes dont « Le Crès », petit village rural comptant à l'époque moins de 500 âmes, mais dont le nombre d'habitants se trouvent sous les drapeaux.

Pensons un instant aux angoisses de certains ayant une moyenne d'âge de 16 à 20 ans, et qui se trouvent sans nouvelles de leur famille, avec les bruits les plus fous concernant le déroulement des opérations militaires !

Le dévouement et l'hospitalité des habitants du Crès apportent un baume réconfortant à notre condition d'exilés.

Certains d'entre nous iront porter leur aide dans les camps de réfugiés, enrichis de leur expérience scoute.

Globalement, ce fut une aventure très forte et qui se termina par le retour au pays occupé, dès la fin août.

Une longue éclipse de cinq années nous y attendait....

Robert Cotroux (Hérisson)

 

Ci-après, la liste des scouts de la 22ème, extraite du journal « Le Soir » daté du 27 juillet 1940.

G. Christophe – R. Cotroux – A. Crespin – A. Delerue – P. Dessemblanc – R Dessamblanc – M.Fiems - R.Fiems - J. Forton - M. Forton - R. Geering - Geyr - G. Godenne - G. Herdies - A. Keymolen -- A. Latinis - C. Merlier - A. Paeleman - A. Parfait - E. Panzeri - Ja. Rahier - Je. Rahier - L. Timmermans - A. Vanbrusselen - R. Vanderlinden - R. Van Liers - L. Van Veers.

Le Crès en 40

 

Avant de rentrer dans les détails de ce que fut leur exode et séjour au « Crès », dressons le décor en décrivant cette période que l'on a eu tendance à oublier.

Extrait de HISTOMAG'44

Le gouvernement belge avait, dès 1937, élaboré une loi constituant une Réserve de Recrutement pour l'armée: tous les jeunes Belges devaient figurer dans cette réserve au 1er janvier de l'année au cours de laquelle ils atteindraient l'âge de 17 ans.

On espérait ne pas rééditer la désastreuse expérience de 1914-1918 où l'on n'avait pu recruter qu'en nombre réduit: la majeure partie des appelables étaient restés bloqués par la rapidité de l'occupation ennemie et les volontaires avaient dû prendre des risques graves pour franchir la barrière électrifiée, établie par les Allemands à la frontière hollandobelge.

Aussi, un arrêté royal précisera que les recrues potentielles pouvaient, en cas d'invasion du territoire, être convoquées par appel global, via la presse, la radio, les affiches.

En mai 1940 se trouveront concernés, outre ceux qui, âgés de 16 ans, allaient avoir 17 ans dans le courant de l'année, tous les hommes de 21 à 35 ans n'ayant pas effectué de service militaire, c'est-à-dire les sursitaires, les dispensés, les exemptés. L'ordre de rejoindre la réserve de recrutement s'étendrait ainsi à environ 300.000 personnes.

A l'origine cependant ne devaient être touchés que ceux qui habitaient au-delà de la Meuse et du canal Albert, dans des régions susceptibles d'être submergées rapidement par l'invasion allemande. Deux centres d'accueil et de regroupement étaient prévus, l'un à Binche et l'autre à Eeklo. Mais les événements marchèrent au rythme imprévu que l'on sait et tous les plans d'évacuation furent bouleversés.

Par leurs propres moyens.

Le 10 mai dans la matinée, la Direction du Recrutement diffuse l'appel prévu dans les provinces de Liège, Namur, Luxembourg et Limbourg. Les affiches fatidiques font leur apparition sur les murs des villages luxembourgeois dans la même matinée. Fort émus, les jeunes - ou pas si jeunes - gens sont avertis tantôt par la gendarmerie, tantôt par le garde champêtre, voire tout simplement par un voisin qui a entendu la radio. Ils doivent partir pour Binche ou pour Erquelinnes «selon leurs propres moyens ». La préparation à cet exode est nulle et, en 1940, les adolescents qui n'ont jamais quitté leur milieu familial abondent. On devine l'angoisse des parents voyant s'en aller leur progéniture dans de telles conditions. Pourvus de vêtements de rechange, d'un casse-croûte, les uns prennent le train, les autres enfourchent leur vélo ou font du stop.

Dès les premières heures règne la plus invraisemblable des pagailles. Dans bien des cas, dans les villes, les commissaires de police débordés envoient au diable ceux qui les questionnent, donnent des indications fantaisistes ou sommaires ou déconseillent même le départ. Les futurs réservistes ne sont pas encore considérés comme des soldats mais comme des civils qui « rejoignent ». Leur transport et leur hébergement relèvent normalement du Ministère de la Santé publique. Celui-ci est incapable d'assurer cette mission, ayant renoncé officiellement depuis plusieurs mois à toute planification de l'évacuation des civils et étant submergé par les milliers de réfugiés provenant des zones de combat. La situation s'aggrave le 13 mai quand les recrues du Brabant se mettent à leur tour en marche. Le ministre Marcel-Henri Jaspar, assiégé par les plaintes et demandes des parents, déclare alors forfait et passe, dans la nuit du 13 au 14 mai, ce cadeau empoisonné à son collègue de la Défense nationale, le général Denis, qui disposerait - en théorie - du personnel d'encadrement nécessaire.

 

La Défense nationale se rend rapidement compte que, devant la rapidité de l'avance ennemie, il va falloir diriger ce flot humain vers la France ... où n'existe cependant aucune structure d'accueil. On espère y constituer, autour d'un noyau formé par la 7e D.I étrillée sur le canal Albert, une nouvelle armée belge avec les miliciens et la classe 1940 des C.R.L (Centres de Renfort et d’Instruction) et les mobilisables de la Réserve de Recrutement. Les centres d'hébergement improvisés à Ypres, Courtrai-Menin, Poperinge et Roulers se trouvent rapidement débordés. Dans l'impossibilité de trouver un logement - les autorités communales ayant pouvoir de réquisition ont très vite laissé tomber les bras - des milliers de jeunes gens couchent à la belle étoile, ravitaillés par l'intendance de l'armée qui a fini par dénicher à leur intention 150.000 boîtes de sardines.

Finalement, la décision de faire passer les appelés outre quiévrain est prise dans la soirée du 14 mai, mais il faut attendre la journée du lendemain pour assister à un commencement d'exécution. Mal encadrés par des officiers et sous-officiers de réserve rappelés en catastrophe et qui sont en fait destinés aux troupes de renfort et d'instruction, pourvus d'une couverture et de vivres pour 48 heures, des milliers de garçons s'ébranlent vers le sud en train (souvent dans des wagons de marchandises), à bicyclette ou pedibus cum jambis. Une bonne partie du contingent ( 50.000 ?, 100.000 personnes ?) n’a pas été touchée - ou a ignoré l'ordre de retraite - et a fait demi-tour vers le foyer paternel après quelques jours.

Le gros de la troupe pénètre dans le pays de Voltaire sous les bombardements aériens, après un long arrêt au poste frontière. Rouen est désignée comme point de ralliement. Tous n'y parviennent pas. Une bonne partie de ceux rassemblés à Ypres partiront tardivement, le 18 mai, et se retrouveront enfermés dans la « Poche des Flandres ». Deux jours plus tard, le 20, les panzers atteindront Amiens et Abbeville et des dizaines de milliers de membres de la Réserve de Recrutement seront bloqués au nord de la Somme. Ils vont tourbillonner dans les combats jusqu'au périmètre de Dunkerque, victimes tour à tour des bombes des Stukas ou de l'espionite ambiante. Il y aura des tués à Gravelines, à Abbeville, à Escaudoeuvres..

En Belgique même, l'évacuation a provoqué des drames à Quiévrain dans les gares, sur les routes et à Tournai soumise à des bombardements aériens systématiques et où les incohérences capricieuses des autorités françaises renverront jusqu'à quatre fois des groupes d'appelés se présentant à la frontière. Une fois celle-ci passée, il faut suivre les indications contradictoires des gendarmes et éviter par prudence les routes empruntées par les convois militaires, moins par souci d'efficacité et de rapidité que pour éviter les bombardements aériens.

Les plus chanceux réussiront à s'embarquer dans les derniers convois ferroviaires ou à s'intégrer dans les groupes de cyclistes formés autour d'un noyau de routiers, de scouts, d'élèves du même établissement scolaire. L'attitude de la population française, même avant la capitulation belge, n'est pas toujours très amicale. Ignorant les ordres d'évacuation donnés aux « 16-35 » par les autorités belges, elle s'étonne de voir sur les routes de l'exode tant de jeunes gens en âge de porter les armes et les traite de lâches et de fuyards.

La grande pagaille

Entre temps, le gouvernement belge a désigné un alerte sexagénaire, le lieutenant-général Chevalier Carlos de Selliers de Moranville comme responsable de la Réserve de Recrutement.

Depuis le 15 mai, le brave homme, un peu dépassé par les événements, est parti pour Rouen où il s'efforce de réceptionner à la caserne Taillandier ceux qui ont réussi à franchir la Somme. Mais en raison de l'afflux des réfugiés, les autorités françaises lui conseillent plutôt de diriger ses « protégés » vers le Midi, sur le territoire des XV°, XVI° et XVII° Régions Militaires.

L'ambassade de Belgique est chargée d'annoncer par radio et via la presse que tous les réservistes doivent à présent gagner Toulouse.

Le général de Selliers y parvient le 19 mai et n'a que le temps de préparer des cantonnements sommaires avec le commandant de la place.

Les premiers convois le rejoignent 48 heures plus tard, déversant sur les quais une cargaison humaine couverte de poussière, recrue de fatigue, aux vêtements déjà bien fatigués.

Les Centres de Recrutement de l'Armée Belge - les fameux C.R.A.B - peuvent alors se mettre en place en se calquant sur les circonscriptions militaires françaises. A Toulouse, le général-major Demart prend la tête de l'état-major du XVII° C.R.A.B. Le XVI° C.R.A.B., établi à Béziers, est placé sous les ordres du colonel comte André de Meeüs, tandis que le colonel baron de Trannoy devient le commandant du XV° C.R.A.B. de Nîmes.

Tous ces officiers se démènent beaucoup pour organiser au mieux logement et intendance, mais les ressources manquent.

Plus d'une fois, le général de Selliers devra recourir à des expédients, mais il commet aussi l'erreur psychologique de s'enfermer dans ses bureaux - il est vrai qu'il est débordé de travail-, si bien qu'à Toulouse, les C.R.A.B. Surnomment bientôt leur chef « Mort-en- Ville »

On grogne aussi parce qu'un certain nombre de gradés évacués en France préfèrent attendre dans un exil confortable une hypothétique affectation que s'associer aux efforts de leurs supérieurs. « Toulouse regorge cependant d'officiers belges. Ces messieurs préfèrent se balader en galante compagnie ou sabler le champagne à l'hôtel Capoul ou au café Américain », comme l'écrira Ludo Bastyns dans un pamphlet vengeur:

Sous les ordres d'un général fantôme. Les cadres faisant cruellement défaut, les responsables militaires en sont réduits à accepter les offres de service d'Armand de Ceuninck et de Charley del Marmol, respectivement commissaire général des scouts de Belgique et chef de clan F.S.C.

Pour être « toujours prêts », les chefs scouts se révèlent eux aussi en nombre insuffisant et il faudra nommer en hâte des étudiants ou des instituteurs « scouts d'honneur » pour compléter un tant soit peu l'encadrement des moins de vingt ans.

Couchés dans le foin

La masse des jeunes qui sont parvenus à échapper à l'étreinte allemande est considérable: à peu près 100.000 individus. Le 21 mai 1940, Paul-Emile Janson, ministre de la Justice, avait prononcé depuis Le Havre un discours radiodiffusé exaltant cette « armée en formation » qui devait porter à plus d'un million d'hommes les effectifs des forces belges mobilisées.

Le 27 mai, à la veille de la capitulation, le gouvernement avait voulu marquer sa volonté de continuer la lutte en France en faisant diffuser par l'Agence Belga l'ordre aux recrues potentielles de quitter la Belgique.

A la fin du mois de mai, la seule ville de Toulouse abritera 27.000 membres des C.R.A.B. Sans cesse afflueront de nouveaux arrivants qui s'étaient perdus dans la nature et la pagaille de l'exode ou qui avaient adopté un autre moyen de transport que le chemin de fer. C'est le cas de Roland Fronville, 16 ans, parti en bicyclette de Blaregnies dans le Hainaut et qui parcourra 1185 kilomètres avant de parvenir à bon port. Jacques et Maurice Huisman, futurs directeurs de théâtre, ont pour leur part conduit une colonne d'un millier de cyclistes jusqu'au coeur du Gers.

Après un tri sommaire, on a logé tout ce monde, plutôt mal que bien, dans des écoles, des bâtiments publics, au vélodrome ou au Palais des Sports de Toulouse. Puis le reste de la marée s'est progressivement dilué vers des départements peu peuplés. Les 127 cantonnements du Gard ( XV° C.R.A.B. ) regroupent 41.000 appelés; ceux du Gers, de l'Ariège et de la Haute-Garonne (XVII° C.R.A.B.) 21.500 et le XVI° C.R.A.B. En a installé 20.000 dans, grosso modo, le département de l'Hérault. Un nombre indéterminé de jeunes gens, peut-être 25.000, ont pu se loger chez l'habitant.

Ce sont les plus favorisés par le sort. Assimilés à des réfugiés, contrairement à ceux restés dans les cantonnements et qui sont victimes de leur statut ambigu de civils à moitié ou pas du tout militarisés, ils perçoivent dix francs français d'indemnité journalière et peuvent s'initier à la cuisine méridionale.

Considérés souvent comme des membres de la famille de leurs hôtes, ils trouvent en outre sans difficulté de l'emploi dans les fermes ( le sulfatage des vignes manque de bras ... ) ou dans des usines.

Leurs camarades établis au petit bonheur dans des camps improvisés n'ont pas cette chance. Ils y connaissent rapidement l'ennui, la promiscuité, le manque d'hygiène, les carences alimentaires, et un village abandonné ou une grange en ruine ne sont pas spécialement des séjours agréables. La situation est particulièrement pénible dans des camps qui avaient servi, un an auparavant, à recueillir les débris de l'armée républicaine espagnole. Reinargues, Marseillan, Le Poujols, Magalas ... autant de sites dont le nom fleure bon le soleil mais qui, à l'usage, se révèlent plus proches du centre de détention pour délinquants légers, voire d'un enclos à bestiaux que d'une joyeuse colonie de vacances.

C'est à Agde que les conditions d'existence sont les plus exécrables: le camp est établi sur un terrain marécageux, non loin du Pic Saint-Loup. Les baraquements, entourés de palissades et doublés de barbelés, hébergent entre 3.500 et 4.000 garçons. Baïonnette au canon, des tirailleurs marocains, puis des soldats de la Légion tchèque sont chargés de leur ôter l'envie de suppléer aux déficiences du ravitaillement en allant chaparder dans les vergers des environs. Plus d'un s'y risquera néanmoins, tant la chère est maigre. Il arrive qu'on ne leur distribue pour quatre jours que 200 kg de riz et 800 kg de pois chiches ...

Comble de malchance, le premier chef du camp, le colonel Burck, éprouvera après quelques jours le besoin de se suicider dans un hôtel d'Agde et son remplaçant, dépourvu de sens psychologique, essaie de reprendre en main sa troupe par une discipline rigoureuse, confinant au caporalisme absurde, alors que la situation ne cesse de se dégrader.

L’appel des pioches

Après la capitulation de l'armée belge et surtout le discours incendiaire de Paul Reynaud, les Français crient à la trahison. Les «bons petits Belges» de la veille deviennent pour un temps les « Boches du Nord ». Les Flamands auront évidemment plus de mal que les Wallons à calmer les Toulousains qui les avaient accueillis et il faudra pas mal d'explications, de palabres pour arrondir les angles, désarmer les suspicions des autorités françaises. Le colonel de Meeüs, qui a diffusé une vibrante proclamation de fidélité à Léopold III, se retrouve « coffré », puis consigné dans sa chambre par les pandores de la III° République, qui songent un instant à arrêter tous ses officiers. Après de laborieuses tractations, le général Briquet le remplacera à la tête du XVI° C.R.A.B....

Afin de montrer sa volonté de poursuivre la lutte contre l'ennemi commun, mais aussi parce que le désoeuvrement apparent de toute cette jeunesse irritait de plus en plus les populations locales, le général de Selliers avait entrepris dès le 25 mai de lever des Compagnies de Travailleurs. Les benjamins, de 16 à 20 ans, dépourvus de formation particulière, sont invités à se grouper dans des Compagnies de Jeunesse, au sein desquelles ils pourront s'adonner, dans les champs et les forêts, sous la surveillance de moniteurs, à des « travaux sains et légers ». Les sujets âgés de plus de 20 ans formeraient des unités de 250 hommes ( dont, en théorie, 5% d'intellectuels et 25% de manoeuvres non qualifiés ).

Ces véritables Compagnies de Travailleurs devaient, elles, être prioritairement affectées à l'économie de guerre. Or, le 2 juin, tandis que les structures nouvelles des C.R.A.B. commencent à organiser, l'armée française prie instamment les Belges de lui fournir de la main-d’oeuvre, pour la ligne de défense qu'elle essaie désespérément de reconstituer sur la Somme. Le lieutenant-général Wibier s'empresse de mobiliser dix Bataillons de Travailleurs en puisant dans les T.R.I. (Troupes de Renfort et d'Instruction, c'est-à-dire les miliciens de la classe 40 en ébauche de formation militaire) dont il assure, âprement critiqué et discuté par tous, le difficile commandement.

Tandis que, le 4 juin, une dizaine de milliers d'hommes s’apprêtent à rejoindre les plaines du Nord en chemin de fer, les exigences des Français grossissent à la mesure du danger qui les menace: ils exigent à présent 20.000 ouvriers supplémentaires. Malgré les réticences du général Denis, ministre de la Défense nationale, le général Wibier, « fière et enthousiaste collaborateur des Français » selon André l'Hoist, s'empresse de les satisfaire en utilisant les C.R.A.B. Des Compagnies de Travailleurs, sur l'illusoire promesse qu'ils opéreront en sécurité, loin du front...

Finalement,, 34 Bataillons de Travailleurs, soit environ 30.800 hommes, mal équipés, à l'armement dérisoire ou inexistant, se mettaient en marche du 4 au 6 juin. Leur voyage dura en moyenne deux jours. Leur mission consistait à creuser des tranchées du côté de Vitry-le-François, Senlis, Meaux ou Châlons-sur-Marne. Quand ils descendent des trains, parfois à plusieurs kilomètres de leur point de regroupement, ils tombent en pleine offensive allemande. La Ligne Weygand n'a pas tenu et l'armée française se replie en désordre.

En peu de temps, les C.R.A.B. se retrouvent livrés à eux-mêmes sous les obus, sans ravitaillement, armés de pelles et de pioches ... quand ils ont pu s'en procurer. Il y a des tués et de nombreux blessés, notamment à Evreux et sur les arrières de la Ligne Maginot.

Entraînés dans la débandade générale, bataillons et compagnies se disloquent. Quelques centaines de «travailleurs auxiliaires», revêtus de tenues kaki françaises distribuées devant leur misère vestimentaire, sont cueillis par la Wehrmacht et expédiés en Allemagne comme prisonniers de guerre ... Ceux qui jouaient les terrassiers dans la région de Toul sont entraînés jusqu'en Suisse par la débâcle des armées de Lorraine et y seront internés au nom de la neutralité helvétique. Pour 800 d'entre eux, l'aventure ne prendre fin qu'en février 1941 quand l'armée suisse se décidera à les laisser partir comme non belligérants.

L’interminable attente

Quand la France jette l'éponge à son tour, la situation des troupes belges de France et des C.R.A.B. devient chaotique, ambiguë, tour à tour désespérante ou odieuse. Dès le 19 juin, le général Denis a diffusé depuis Frontenac une instruction secrète à tous les responsables militaires: les unités doivent rester organisées et conserver leur armement mais doivent soigneusement éviter « toute action armée, tout combat contre l'envahisseur ». Surtout, « les C.R.A.B. devront être considérés comme des réfugiés civils » !   Autrement dit, après avoir délibérément attiré en France 100.000 jeunes gens, la Défense Nationale s'en lave les mains et refile l'ardoise à l'ensemble du gouvernement.

Pour celui-ci, les C.R.A.B., s'ajoutant à l'énorme masse des réfugiés - près de deux millions de personnes ! - deviendront un des soucis les plus lancinants.

Après l'armistice français, le gouvernement Pierlot annoncera le 27 juin qu'il considère la lutte comme terminée et sa tâche future sera l'organisation du retour en Belgique des réfugiés et des C.R.A.B. Mais, pour lui-même, c'est le temps de l'errance et il ne donne guère signe de vie. Les Belges, qui font de plus en plus figure de gêneurs aux yeux des nouvelles autorités vichyssoises, se sentent complètement oubliés. Ils n’aspirent plus qu'à rentrer au pays. Le mois de juillet 1940 se passe dans une morne désespérance. Les cas d'alcoolisme, de maraude, les plaintes des ruraux contre les propensions des jeunes Belges à trousser le cotillon local se multiplient dans les cantonnements ainsi que les « désertions » individuelles ou en groupes.

Du reste, considérés officiellement comme réfugiés civils, les C.R.A.B. ne sont tenus à aucune discipline. Les « désertions » en général tournent court. Beaucoup de candidats au retour sont arrêtés à la ligne de démarcation pour être ramenés entre deux gendarmes français à leur point de départ, d'autres reviennent spontanément.

Le 18 juillet, le ministre de l'Intérieur, Van der Poorten signale « l'évasion » de 2.000 C.R.A.B. partis à l'aventure, vers le nord : : la Défense nationale, l'Intérieur et la Croix- Rouge belges établissent près de la ligne de démarcation une série de postes de relais pour leur éviter « les misères qui les attendent ». Dans les cantonnements, avec le temps, les jeunes s'énervent, conspuent les rares gradés qui se risquent encore dans leurs camps, vont manifester sous les fenêtres de ceux qui détiennent encore une parcelle d'autorité ou de responsabilité. Ces émeutes du désespoir et de l'ennui sont apaisées le plus souvent par de bonnes paroles, mais aussi quelques fois en faisant donner la troupe.

Les « fortes têtes » seront envoyées en détention dans les sinistres camps de Saint- Cyprien ou du Vernet, sous la surveillance de farouches Sénégalais. Les convois de rapatriement ne seront formés qu'à partir du 30 juillet.

Pour parvenir aux gares, certaines compagnies doivent accomplir des marches de 50 à 60 kilomètres sous une température caniculaire. On devine leur état d'exaspération quand elles traversent des agglomérations ... Le voyage de retour dure de trois à huit jours, dans des wagons à bestiaux ou à marchandises comme à l'aller.

Mince consolation, des arriérés de solde leur seront remis au départ. Charley deI Marmol, qui a assuré avec ses scouts l’intendance et « l’animation » des cantonnements du Gers, parviendra à donner un 1 billet de 50 francs à chaque rapatrié.

L'ultime train des C.R.AB. partira de Toulouse le 20 août, mais des éléments isolés figureront encore dans un convoi quittant Nîmes le 7 septembre. Quelques courageux ont préféré revenir en Belgique avec leur vélo, malgré les contrôles et les incertitudes du ravitaillement.

Les « grandes vacances » des C.R.A.B. sont finies. Environ 400 d'entre eux ont laissé leur vie dans l'aventure. L'Oeuvre Nationale du Service Social aux Familles de Militaires recensera 499 cas de pré tuberculose et 338 cas de tuberculose parmi eux, dus à leurs mauvaises conditions d'existence. Est-il besoin de rappeler que sur le plan strictement militaire, leur apport a été nul ? Les enfants du 10 mai 40 sont entrés dans le monde des adultes au fil de ces mois terribles. Cette initiation n'a-t-elle pas été trop cher payée?

 

Le Crès et la 22ème

Récit de Arthur Delerue, routier à la 22ème Saint-Gilles.

 

Je ne sais par quel moyen politique ou diplomatique la Fédération de Scouts Catholiques (F.S.C.) arriva à se procurer un train militaire comprenant 43 wagons (à bestiaux) en attente le 14 mai à la gare de Schaerbeek, comment les scouts intéressés, furent ils prévenus, peu importe, à 13 heure, le 14 mai, 1300 d'entre-eux se présentaient à la « Centrale des Jociste » (près de la gare du midi) pour « contrôle d'identité » et de là, départ en train jusqu'à la gare de Schaerbeek, où la gendarmerie contrôlait les entrées sans espoir de sortie.

Enfin casés dans les wagons, par troupes ou par Unités, c'était déjà très bien. Vers 17 heure, c'est le départ, par le circuit « marchandise », Schaerbeek, Curreghem, Forest, nous nous prenons la direction de Mons.

Nous arrivons en gare de Mons peut avant 21 heure, en plein bombardement, le train s'arrête et pour nous mettre vraiment dans l'ambiance, nous apprenons que sur la voie juste à côté de la nôtre, se trouve un train de munitions. Le wagon précédent le nôtre est occupé par les Lone Scouts et l'aumônier du groupe (Dragon) leur fait réciter « le chapelet » (c'est bon pour le moral !).

Après une bonne douzaine d'alertes, le calme se rétablit, la gare est en flamme, il est deux heure du matin. Notre convoi repart direction Cambrai et au petit jour, nous contournons Paris par le Bourget, nous mettons toute la journée du 15 pour dépasser Orléans, le 16 nous passerons Chateauroux, Limoges et Montauban, le 17, Toulouse et nous arrivons à Montpellier vers 21 heure

C''est au couvent des Pères Blancs que nous allons nous restaurer. Comme menu, la timbale de bouillon (OXO), le pain un peu suret, la boite de pâté « réglementaire » et de la grenadine comme boisson, le tout servi par de ravissantes « guides » qui, bien sûr, on l'accent du midi. (le moral remonte), le coucher, c'est simple, après quatre jours et trois nuits de train, on ne doit pas nous bercer. Le matin du 18, temps libre, visite de la ville de Montpellier et vers 14 heure, départ pour les cantonnements, notre car prend la route de Nîmes, nous passons Castelnau où sont installés les responsables de la Fédé et, après une petite montée à travers les garriques, nous débarquons dans un petit village « Le Crès » et c'est là que jusqu'au environ du 15 août nous allons vivre cette grande aventure.

Montpellier et la région environnante faisait partie du C.R.A.B. 16. sous le commandement du Comte de MEEUS qui avait installé son Q.G. à Béziers.

Nous sommes répartis dans des maisons inoccupées et, souvenir inoubliable, le premier soir, les familles du village acceuillent un ou deux scouts à leur table, en famille, et en mangeant nous avons fait connaissance. Après le repas et les remerciements, toutes les jeunes filles du village nous attendaient pour voir le comment étaient fait « ces petits Belges ». De très bonnes amitiés se sont créées (il fait très chaud dans le Sud et sous le beau ciel étoilés.....bon ça suffit, je ne vais pas vous raconter des « galéjades méridionales.... »

Du côté administratif, c'était plus sérieux, avec dix francs français octroyés par personne et par jour pour payer le ravitaillement _ c'était le plus souvent des pâtes, des haricots blancs, du riz, du pain, des oeufs, de la viande (au compte-gouttes) et certains légumes du pays – mais comme les scouts sont débrouillards, le travail dans les « Mas » (les fermes si vous préférez) se trouve très facilement surtout que très souvent les propriétaires nourrissaient leurs ouvriers pour ne pas devoir trop les payer.

Je voudrais terminer ce récit en rappelant à tous ceux qui ont vécu cette merveilleuse période de leur vie « le grand camp du Crès » que c'est là qu'ils ont connus les lois d'une communauté et l'amitié qui en résulte.

Pour l'ensemble des jeunes cantonnés au Crès, la XXIIème était représentée par Jean Rahier

Ceux de la XXIIème au Crès :

CHRISTOPHE Georges

COTROUX Robert

DELERUE Arthur

DE PAUW Marcel

DESSAMBLANC Pierre

DESSAMBLANC Raymond

FIEMS Marcel

FIEMS Robert

FORTON Jacques

FORTON Marcel

GEERING Raymond

GEYR Louis

GODENNES Georges

HERDIES Gustave

KEYMOLEN Albert

LATINIS Adolphe

LEUNEN Joseph

MERLIER Camille

PAELEMAN Albert

PARFAIT André

PANZERI Etienne

PIELTAIN Charles

RAHIER Jacques

RAHER Jean

TIEMERMANS Luc

VAN BRUSSELEN André

VANDERLINDEN René

VAN LIERS Robert

VAN VEERS Louis

Le ravitaillement était assuré par l'équipe désignée pour aller chercher la nourriture chaque semaine à Montpellier.           
Ce fut Gustave Herdies qui fut désigné comme responsable de l'équipe du fait qu'il faisait partie d'une famille spécialisée dans les achats de nourritures dont la viande. Ils partaient en camionnette munis d'un document délivré par le maire du Crès.  Il était évidemment facile de ravitailler 108 personnes chaque semaine à comparer avec le ravitaillement des 3500 jeunes qui  se trouvaient à Adge. 

Voici la copie de l'un des ces documents

La paie fut également distribuée une fois par semaine pour chacun des réfugiés du village et ce par le Maire du Crès qui le remettait à chacun des responsables des clans et donc dans le cas de la 22ème à Jean Rahier, afin que chacun puissent acheter le complément de nourriture dont ils avaient besoin (Pain, un peu de viande....).

   Ravitaillement...

Rassemblement...

 

  Extrait du "Soir" du 12 juillet 1939 (liste incomplète)

 
Au village il n'y avait pas que la XXIIème Unité. La 38ème était également présente et voici un extrait du bulletin  "Le Radieux"  des anciens de la 38ème, avec l'autorisation des auteurs,

M.Meekers et P. Bounameaux

JE ME SOUVIENS !

Le Crès 1940 – 1999

Une histoire qui débute en 1940.

Alors que les événements prenaient une tournure dramatique pour nos forces armées en Belgique, les scouts belges, en bon ordre, prirent le chemin de l'exode vers la France. Après un voyage de 72 heures dans des wagons à bestiaux (hommes 40, chevaux 9) tout un groupe de scouts de Bruxelles, dont la 38ème et la 22ème aboutit au Crès près de Montpellier. 110 scouts pour 450 habitants à cette époque (+/- 7500 aujourd'hui).

Nous fûmes acceuillis par la mairie, et la population nous employa à des tâches laissées vacantes par les « jeunes » de l'endroit, appelés aux armées pour des fonctions plus « contraignantes » sur le front français en grande difficulté !

Durant cette période, qui aurait pu être plus idyllique n'eut été la guerre, il fut fait appel aux plus âgés d'entre nous pour apporter leur soutien aux CRAB (Centre de Recrutement de l'Armée Belge ). Ces centres étaient constitués de jeune gens de 16 à 35 ans qui auraient dû servir le pays plus tard, les armes à la main, si les armées alliées avaient pu tenir.

L'ambiance qui régnait dans les CRAB était néfaste et les hommes de troupe qui les encadraient manquaient totalement de qualification et de pédagogie. C'est alors qu'à la demande des instance de l'armée belge, les routiers furent chargés de la délicate mission de reprise en main des groupes de jeunes désemparés et pratiquement livrés à eux-mêmes. Il fut donc décidé que Pierre Naman, Eugène Swinnen, Carlo Koecke et d'autres prendraient le départ à la gare de Montpellier à destination des CRAB répartis dans le sud.

Les plus jeunes restèrent au Crès jusqu'en août 1940 et occupèrent des travaux viticoles entre autres. C'est ainsi que se forgèrent avec les familles du Crès, des amitiés sincères qui pour certains d'entre nous, persistèrent longtemps après la guerre.

Firmin De Muynck nous a donné un superbe témoignage par son exposition sur le Crès en septembre 1988, tenue dans notre ancien local des Anciens de la 38ème à Leeuw Saint-Pierre. De son coté, Marcel Meekers, mobilisé dans un régiment de Lanciers qui s'était replié en bon ordre à Lunel, se trouvait à ce moment là non loin du Crès. Marcel (Bison) apprit notre présence toute proche et put venir passer quelques jours auprès de nous. 

La petite chevrière (espagnole ayant fui le régime franquiste de l'époque)

 

Un beau matin, le voilà parti avec Henri Mahi (Bison flegmatique) à Palavas-les-Flots (10km aller) et là, plouf dans la Méditerranée. Bain de soleil, replouf dans la mer et resoleil.... Cuits et recuits, tels des homards, et couvert de « cloches », ils sont péniblement rentrés au Crès à pied.

Pierre Bournameaux (Furet) 15 ans et demi, travaillait avec son frère René (Pic) âgé de 17 ans et Firmin (Antilope) âgé de 16 ans, chez un vigneron important du village, Monsieur Barandon qui avait deux fils aux armées et une jeune fille du doux nom de Margueritte âgée de 14 ans et demi. Margueritz était la plus jolie fille du village mais n'allez surtout rien imaginer, en ce temps-là, en bons petits scouts, nous étions bien sages.... et Marguerite aussi ! C'était très bien ainsi !

La Belgique et la France ayant cessé le combat, nous sommes rentrés au pays vers le 19 août 1940. Marcel Meekers (Bison) qui avait quitté la Belgique le 15 mai 1940 (il avait 20 ans) avec son régiment de Lanciers, rentra en bon ordre au pays.... pour être expédié en Poméranie (Allemagne) et y subir 5 ans de captivité. Il rentrera chez lui que le 15 mai 1945...

 

Le Crès 1940 – 1999

Depuis des années je me promettais de revoir le Crès...

Cela s'est enfin réalisé grâce à Marcel (Bison) J'ai pu le retrouver à Crillon-le-Brave où jadis avec Raymonde, sa charmante épouse, ils retrouvaient Jacques Ramaèl (Dauphin) et Pierre Nannan (Puma) ainsi que leurs familles. Après quelques accrocs de santé, Colette m'avait incité à aller rejoindre les Meekers au soleil et au bon air du Vaucluse en septembre 99. De là, le 8 septembre, nous voilà partis tous les quatre pour une journée au Crès à une bonne centaines de kilomètres de Crillon. Pendant tout le trajet, nous avons passé et revue cette période de mai 40 et nous avons certainement cassé les oreilles de nos épouses...!

Arrivé au Crès, par quoi ou par ou commencer ? Téléphoner à Marguerite? Courir à la marie ? J'étais déjà dans une cabine téléphonique lorsque Marcel et Colette voient un quidam entrer dans l'église, des documents sous le bras. Colette pensait que cela devait être ou le maire ou quelqu'un d'important.

Quelle intuition ! Avec autorité, Marcel s'est précipité derrière lui et quelle chance pour nous, il s'agissait du Conservateur du Patrimoine du Crès, monsieur Pierre Reboulin, historien. Nous avons reçu de sa part un acceuil à la fois étonné et très chaleureux voire exceptionnel ! Il nous à conduit à son bureau tout proche, nous a sorti de ses archives des documents et des photos des Belges du Crès en 1940. Captivants et instructifs !

Il nous a notamment communiqué un document officiel français à propos d'un personnage qui a fait un passage à la 38ème et à propos duquel, beaucoup parmi nous, avaient certains doutes à son « honorabilité ». La guerre et la suite ont confirmé ces doutes. Monsieur Reboulin nous a ensuite invités à prendre le café chez lui après le « déjeuner », déjeuner que nous avons pris au resto du « village ». Nous avons ainsi rencontré sa sympathique épouse et ses enfants. Nous avons bavardé...du Crès – de maintenant et jadis – des scouts belges en 40 bien sûr et de bien d'autres choses encore.

Rencontre trop brève, mais riche de sentiments et de valeurs chrétiennes. J'ajouterai que Monsieur Reboulin nous a remémoré que notre aumônier appelait le curé Milhau (toujours en soutane) « papillon noir » et que le curé appelait l'abbé De la Croix « aigle doré » pour la chevalière armoirée qu'il avait à l'annuaire ! C'est par les anciens du Crès et par les documents que le conservateur connait tout cela, lui-même étant nettement plus jeune que nous.

Entretemps, j'ai pu téléphoner à Marguerite (Maggy, maintenant ! ).

Allo, Marguerite Barandon... ici Pierre Bounameaux.... Le Crès 1940 !

Stupéfaite, elle a raccroché pour changer de téléphone. J'ai rappelé. Remise de ses émotions, elle accepte de venir nous rejoindre au Crès dans l'après midi, elle habite Montpellier à quelques kilomètres.

Nous avons retrouvé une petite vraie dame de 74 ans très alerte et coquette, très heureuse de nous raconter ses souvenirs de cette époque. Avec elle, nous avons fait un petit tour du village, on sentait chez elle la nostalgie du vieux village qu'elle avait connue jeune fille. Elle ne s'y reconnaissait plus, tant le coin était bâti et modernisé. La garrigue est bien loin maintenant et ... les vignobles aussi ! Elle nous a raconté que quand nous avons quitté Le Crès en août 40, du haut de son balcon elle nous regardait partir.... la larme à l'oeil. Elle est rentrée aux Guides de France jusqu'à son mariage avec un entrepreneur dont les affaires ont toujours marché. Heureux, ils ont deux filles et un petit fils chirurgien dont ils sont très fiers. Adrien, le mari de Maggy, est très malade, nous lui souhaitons un rapide et complet rétablissement.

Nous avons passé de très bons moments lors du ce retour dans le passé, moments trop courts hélas ! Le Crès s'est bien agrandi, l'église Saint Martin aussi et la grande croix qui était au milieu de la place est maintenant près de l'église pour faire place à un petit parking ! Dieu veille aussi sur la mécanique. Depuis ce voyage, nous avons eu quelques échanges de courrier bien agréables et intéressants tant du côté de Marcel que du côté de Pierrot avec Le Crès et Montpellier. Nous avons notamment envoyé au conservateur du patrimoine le catalogue de l'exposition de 1988 que Firmin avait organisé à Leeuw-Saint-Pierre, des photos et des cartes-vue du Crès en 1940.

Monsieur Reboulin nous a envoyé un extrait de son livre sur le passé du Crès, extrait où il parle de cette époque de 40. Ce livre paraîtra en juin 2000, Nous en reparlerons sans doute. Le passage des scouts belges en 1940 fait partie de l'histoire des Cressois 

 

Marcel Meekers                                                                                              Pierre Bounameaux

Bison serviable                                                                                                  Furet autoritaire

Ce texte figure sur une plaque commémorative posée à l'intérieur de l'église Saint Martin du Crès.

 

Le Crès en 2006

Epilogue

Le livre de Monsieur Reboulin est sorti en l'année 2000. Voici les 3 pages qui concerne l'aventure des Scouts durant cette période. (pages 169 - 171, cliquez sur l'une des pages pour agrandir)

Les "CRABs"  ont du batailler longtemps après le guerre pour être reconnus. Une association fut crée après la guerre ayant pour objectif, la reconnaissance officielle du CRAB par l'état Belge. Ci-dessous une copie de lettre envoyée à tous les CRABs .

Par  René Vanderlinden, nous avons pu collecter les documents qui lui ont permis durant un très court temps de faire partie des  CRABs reconnus non pas comme invalide mais ayant servis notre pays sans aucune reconnaîssance.

Enfin l'es CRABs furent reconnu alors que plus de 75% sont décédés .  Rendons leur hommage.

crab

Il semble y avoir quelques contradictions entre ce qui a été dit plus avant et ce dernier texte. Mais il ne faut pas oublier qu'il y régnait un tel désordre durant cet exode et que ces jeunes n'étaient pas tous logé à la même enseigne et que pour les unités scoutes ce fut le paradis comparé a ce que d'autres ont vécus.


Bien des jeunes ont fui selon l'ordre reçu vers le sud de la France sans un sou et accompagnant aussi des civils qui se sont trouvés sur les routes pour fuir les zones où la guerre faisait rage.

Voici un extrait de vidéo d'un très beau film « Jeux interdits » qui montre ce qu'était un exode durant la période s'étendant du 15 mai au 20 juin 1940. Nulle doute que parmi eux se trouvaient au début de l'exode des jeunes belges qui tentaient de rejoindre Toulouse.

 

 Les politiciens auront tout fait pour faire oublier cette triste et déplorable période.

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